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Chavela Vargas
A 85 ans, Chavela Vargas a 50 ans de carrière derrière elle et plus de 30 albums. L'exceptionnelle personnalité de la chanteuse, sa rage de vivre et sa voix magistrale, sensuelle et déchirante, ont fait d’elle un mythe. Cette légende vivante du Mexique s’illustre par une musique plus nostalgique qu'exaltée. La diva, qui oscille entre gravité et enjouement pour conter les bonheurs fragiles, a envoûté les plus grandes salles de concerts de Mexico à Paris en passant par New York. Isabelle Vargas Lizano, connue sous le nom de Chavela Vargas naît le 17 avril 1919 au Costa Rica, dans la province d’Heredie, au nord de la capitale : « Ma vie commença dans un petit pays, en un petit village, et dans un petit monde (..) j’aime dire que mon village était si petit que seul une vache et moi rentrions dedans » écrit-elle. Sa mère, Herminia venait d’une « bonne famille espagnole » et son père, Francisco, était costaricain « Et puisque je dois le dire presque par tout, je le dirai : mes parents ne me voulaient pas. J’en ai souffert». Enfant, elle n’aimait pas les jeux de petite fille, préférant jouer à la guerre, armée d’un pistolet. Ses parents divorcent lorsqu’elle est très jeune, ce qui fut « un petit scandale pour l’époque (…) la famille a fini par ressembler à un groupe de personnes qui se connaissaient, mais ne s’aimaient pas ». Elle part vivre avec sa mère et sa sœur à San José, la capitale de Costa Rica. Chavela Vargas se revendique mexicaine de cœur, pays ou elle s’exile à 14 ans. Elle habite une chambre d’hôtel et vit de petits boulots jusqu’à ce que sa voix singulière et son phrasé unique soient remarqués dans les milieux artistiques. Sa carrière commence dans les années 50 au côté de José Alfredo Jiménez, avec "la Macorina", la chanson la plus significative de son répertoire. Sa popularité atteint son point culminant dans les années 60–70, époque où elle enregistre ses chansons les plus célèbres, accompagnée par le guitariste Antonio Bribiesca. Elle a redonné ses lettres de noblesse à la cancion ranchera : ces chansons mexicaines urbaines, dramatiques, exagérées, machistes. Chacune de ses chansons est un mélodrame miniature d’une fureur feutrée exprimant la passion, la sensualité, l’agonie. Profonde et intense, « la Vargas », comme on l’appelle au Mexique, parcoure sa vie avec modestie et humour. Figure d’indépendance et de force, Chavela Vargas est une des premières femmes à porter des pantalons et à rendre publique son homosexualité : « J’ai du me battre pour être moi-même et pour être respectée. Je suis fière d’assumer que je suis lesbienne. Je n’en parle pas trop, mais je ne nie pas. J’ai du affronter la société et l’église, qui dit que les homosexuels sont condamnés. C’est absurde ! Comment peuvent-ils juger quelqu’un qui est né comme ça ? je n’ai pas appris à être lesbienne, personne ne m’a appris à être comme je suis. Je suis née comme ça. Je n’ai jamais couchée avec un homme. Jamais. Oui, je suis vierge et je n’ai pas honte. Mes Dieux m’ont fait comme ça", confie-t-elle au journaliste Vange Leonel. Sa conduite extrêmement libérale, son extravagance et son franc parlé lui ont valu d’être haïe par certains de ses contemporains et adulé par d’autres : l’écrivain Juan Rulfo, le compositeur Agustin Lara, ou encore les peintres Frida Khalo et Diego Riveras, la présentent comme leur muse. La diva Vargas mène une vie mondaine et fréquente également Bette Davis, ou Elizabeth Taylor. Dans les années 80, elle sombre dans l’alcool et son frère la surnomme « la femme au 45 mille litres de Tequila ». La chanteuse se retire du feu des projecteurs et tombe dans l’oubli, à tel point que certains la croit morte. Après plus de dix ans de silence, elle s’échappe « d’une prison d’amour et d’un délire d’alcool » et fait son retour pour reprendre les fruits d'une vie démesurée jusqu'à la limite : « je suis sortie des enfers mais je l’ai fait en chantant », dit-elle. Son retour à la scène se fait à travers le cinéma, lorsque son « ami d’âme », Pedro Almodovar, l’invite à chanter « Luz de luna » (« lumière de lune ») sur la bande originale de son film « Kika ». Vêtue d'un poncho traditionnel rouge (le jorongo, utilisé pendant la Révolution mexicaine pour envelopper les morts), et accompagnée de deux guitaristes, Chavela Vargas est remontée depuis sur de nombreuses scènes. Elle a également mis son talent au service de la cinéaste Julie Taymor en interprétant "La Llorona" ("la pleureuse")à l’occasion du film « Frida », sur la vie de Frida Khalo, dont Chavela Vargas fut l’amante et avec qui elle vécu quelques années. En 2001, elle a été décorée de « la Grande Croix de l'Ordre d'Isabelle la Catholique » par un arrêté royal approuvé dans le Conseil des Ministres du gouvernement espagnol. La chanteuse s'est exclamée : « l'Espagne a été pour moi la mère que je n'ai jamais eue, peut-être. Elle s’assemble avec mon père qui est le Mexique ». Désormais, elle vit en Espagne et a publié une autobiographie en 2002 : « Y si quieres saber de mi pasado » (« Et si tu veux connaître mon passé »). Elle a participé à un disque en hommage à son ami, le chanteur espagnol Joaquín Sabina qui la décrivait comme « la dame au poncho rouge, cheveux d’argent et chaire brune », et confiait que « l’amertume n’est pas amère lorsqu’elle est chantée par Chavela Vargas ». Depuis 2004, la diva travaille à l’introduction d’instruments préhispaniques, comme le caracole ou l’ocarina, dans le répertoire de la chanson populaire mexicaine.
Prisca Djengué
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